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PostHeaderIcon La culture du tabac

Plan de l’article

  1. Histoire du tabac
  2. Les semis
  3. le repiquage
  4. l’élevage
  5. la récolte
  6. le séchage
  7. le manoquage
  8. le stockage
  9. la fiscalité
  10. les ennemis du tabac
  11. Bibliographique

Le tabac

Le tabac appartient à la famille des Solanacées. Cette famille comprend environ 2000 espèces, surtout des régions chaudes, renfermant souvent des alcaloïdes toxiques. On connaît chez nous la Douce-amère (Solanum dulcamara), la Morelle noire (Solanum nigrum), la Belladone (Atropa belladonna). Mais les membres les plus connus de cette famille sont, sans conteste, ceux qui ont été introduits dans nos régions, la Pomme de terre, la Tomate et le Tabac.

Le tabac (Nicotiana tabacum) est une plante annuelle qui peut atteindre 2 mètres de hauteur. Ses feuilles, sessiles et alternes, sont larges et peuvent mesurer jusqu’à 70 cm de long. Ses fleurs sont disposées en panicules, elles comprennent un calice à cinq divisions, une corolle rouge ou rose à cinq pétales soudés, cinq étamines insérées sur le tube de la corolle, un ovaire supère à deux loges et un style. Son fruit, une capsule, donne de nombreuses graines minuscules.

Le tabac vient à peu près sur tous les sols; il s’adapte à toutes les températures mais craint la gelée. Les climats chauds et humides fournissent cependant les meilleures variétés. De même les caractères physiques du sol influencent la qualité du tissu des feuilles; les terres légères donnent un tabac fin; la potasse est nécessaire à la fécondité de la plante. Le taux de nicotine, facteur essentiel de la qualité du tabac, est réglé par l’espacement des pieds on réduit la « force » du tabac en augmentant leur densité. Ce taux dépend aussi du nombre de feuilles par plant (peu de feuilles beaucoup de nicotine), de leur position (les plus haut placées sont les plus riches).

Le tabac doit son odeur caractéristique à la nicotianine (ou camphre du tabac). Il est à remarquer que la fumée en est dépourvue. Le principal alcaloïde du tabac est la nicotine, dont la toxicité a été démontrée par Claude Bernard. Une ou deux gouttes déposées sur la langue d’un chien provoquent une mort foudroyante. Le poète Santeuil mourut (en 1097) presque immédiatement après avoir absorbé un verre de madère dans lequel avait été vidé, par plaisanterie, le contenu d’une tabatière de tabac à priser.

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La préparation des semis

Sous nos latitudes, les semis doivent être faits sur couche, sous châssis. Les gelées de la fin mars, période idéale des semis de tabac, seraient néfastes aux plantes importées de pays au climat plus favorable.

Dans la vallée de la Semois, la préparation des couches est réalisée suivant une technique bien particulière qui consiste :

à étaler un lit de 10 cm de feuilles mortes récoltées dans les sous-bois: cet apport de feuilles protégera contre l’incursion des taupes et constituera l’humus indispensable;

à couvrir la couche de feuilles avec du fumier sur une épaisseur de 5 cm;

à étendre les résidus du tamisage du terreau constituant. le contenu des couches des années précédentes et à damer régulièrement ces trois lits par piétinement.

La préparation de la surface d’ensemencement est plus délicate puisque la nécessité de stérilisation entre en ligne de compte. Le tabac est une plante délicate sujette au blanc (« faux mildiou » ) , maladie cryptogamique très néfaste par temps humi,de et chaud. Pour se débarrasser des germes pathogènes, des larves de taupins et des oeufs de limaces, le terreau tamisé est recuit à la température d’environ 70°, sur un foyer au bois surmonté d’une tôle d’environ 3 m2.

La finition de la couche consiste à étaler le terreau recuit sur une épaisseur de 10 cm et à égaliser soigneusement la surface.

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Les semis

Les graines récoltées dans la plantation de l’année précédente sur quelques spécimens sélectionnés pour leur vigueur et les qualités que l’on désire perpétuer, sont soumises à une pré-germination en local chauffé, avec les moyens du bord :

assiettes creuses ou bocaux de verre à confiture contenant du terreau fin recuit, à la surface duquel on répand un dé à coudre de graines pour 4 m2 de semis;

lame de verre à la surface du récipient pour éviter la dessiccation, les graines étant mises à germer sur la tablette de la cheminée de la cuisine où la température est élevée et constante.

Lorsque les graines présentent un point blanc, indice de germination, elles sont mélangées uniformément à du terreau fin et recuit. On sème l’ensemble dans la couche, à la volée. On tasse alors les semis à l’aide d’une planchette. Ce procédé donne une surface unie et favorise l’enracinement. Les semis sont recouverts d’une mince épaisseur de terreau et arrosés copieusement.

Les couches à tabac sont couvertes de vitraux que l’on soulève en cas de forte chaleur ou lorsque les plants sont trop grands ou que l’on recouvre de toile de jute quand le soleil luit.

Les soins à apporter aux semis doivent être vigilants. Les arrosages sont répartis suivant les caprices météorologiques. Les sarclages manuels sont fréquents. Le terreautage est nécessaire pour favoriser l’enracinement superficiel de la plante.

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Le repiquage

Après 70 à 80 jours, les plants atteignent 6 à 8 feuilles et plus ou moins 10 cm. Ils sont prêts à mettre en terre. On les enlève des couches précautionneusement, un à un, et on les range dans des caissettes ou des paniers pour le transport vers la plantation.

Pour obtenir chaque année une bonne récolte, la préparation du sol a son importance. Dès septembre, après l’enlèvement des plants, un labourage a lieu après épandage de fumier. Dans les grandes plantations, un apport d’humus sous forme d’engrais vert est préconisé. Les additions d’engrais chimiques doivent être dosées car trop d’engrais azotés donne un goût âcre et une odeur nauséabonde au tabac. Les produits chlorés, eux, empêchent la combustion normale tandis que trop de fumier altère le goût et l’arôme.

Un deuxième labour suivi du hersage et du roulage, en mars, prépare le terrain en vue du repiquage qui débute fin mai pour se terminer en juin. Les tabacs sont plantés suivant un quadrillage réalisé au moyen d’un râteau à 4 dents dont les espacements sont, le plus souvent, de 50 cm d’un côté et 55 cm de l’autre, 26.000 plants couvrent une surface d’un hectare. En général, ce sont les femmes qui repiquent les tabacs. Elles sont à genoux et utilisent un plantoir. Plus tard, on emploiera une machine à planter.

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L’élevage

Un binage à la rasette manuelle est nécessaire après quelques jours pour éliminer les mauvaises herbes naissantes et éviter une évaporation trop forte au niveau du sol. Le remplacement des plants manquants ou malades se fait peu de temps après la plantation. L’enracinement superficiel du tabac nécessite un léger buttage.

Lorsque la plante atteint une certaine hauteur, on procède à l’écimage. On arrête la croissance en hauteur par suppression du bourgeon terminal pour obtenir 12 à 18 feuilles bien développées, à valeur commerciale supérieure. Les plants n’ayant pas toujours la même vitesse de développement, on doit passer plusieurs fois dans les champs pour que toutes les plantes soient traitées. C’est à ce moment que le planteur choisit les porte-graines qui ne sont pas écimés.
L’arrêt de la croissance en hauteur provoque le développement des bourgeons auxiliaires qu’il faut éliminer le plus tôt possible pour éviter une perte de rendement de la partie utile. Cette opération, l’ébourgeonnement ou « djétounadge », est particulièrement salissante: mains, bras et visage sont poisseux et jaunis de nicotine.

Vers les années 50, un produit stoppant la croissance des bourgeons a facilité la tâche des planteurs en ce sens que l’écimage et l’ébourgeonnement se font en une fois.

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La récolte

La récolte se fait fin août ou début septembre, soit avant les premières gelées. Elle intervient trois mois après la plantation, c’est-à-dire quand les plants sont mûrs. La maturité est perceptible au jaunissement du parenchyme chlorophyllien.

Dans la vallée de la Semois, on coupe la tige ligneuse du tabac a quelques centimètres du sol, à l’ aide d’un couteau spécial (« le couté ») réalisé à partir du talon d’une vieille faux. Le manche du couteau a environ 20 cm de long.

Les plants coupés sont déposés sur place pour qu’ils fanent. Quand les feuille ne sont plus cassantes, les pieds sont rassemblés en tas de 6 à 8 cm, brassées, que l’on charge sur un tombereau ou une charrette garnie de branchages pour permettre le glissement de la charge avec le moins de dégât possible. Les enfants sont chargés de glaner les feuilles brisées et les feuilles de la base du pied, « feuilles de sable », restées sur le terrain.

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Le séchage

L’ancienne technique de récolte consistait à cueillir les feuilles à mesure qu’elles mûrissaient et à les enfiler en guirlandes qui séchaient suspendues aux façades des habitations. Cette méthode fastidieuse et harassante sera abandonnée pour le séchage des pieds entiers lorsque les surfaces cultivées s’étendront. Les pieds s’accrocheront alors à des esses, sur de gros bâtons, en respectant un espacement permettant une dessiccation adéquate. Plus tard, on accrochera les tabacs à des « boudriôs », lattes ou bois provenant d’éclaircies, sur lesquels des clous sans tête retiennent les pieds. Les « boudriôs » garnis sont entreposés dans des séchoirs. Ces constructions en bois, couvertes d’ardoises, puis plus tard de tôles, sont aujourd’hui les vestiges des années d’or du tabac dans le paysage de la vallée de la Semois.

La dessiccation, avec perte d’eau de 60 à 70% est réalisée en six ou sept semaines. Le tabac a pris une belle coloration havane foncé. Les hommes vont dépendre les plants secs pour les transporter en ballots dans un local chauffé où les femmes vont effeuiller.

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Le manoquage

Le manoquage ou « marottage » consiste à effeuiller les plants, à répartir les feuilles en plusieurs catégories pour la commercialisation et à les réunir en manoques de 25 à 30 feuilles dont l’une sert de lien.

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Le stockage

Les manoques sont mises à fermenter en tas puis bottelées suivant un gabarit parallélépipédique en bois, sans fond, garni de cinq fils de fer ou de ficelles qui serviront de liens solides. Les bottes, pesant de 15 à 20 kg, sont entreposées dans les greniers jusqu’au printemps. Le tabac bottelé sera vendu ou livré aux greniers de la fabrique familiale, après déclaration au fisc.

La récolte est conservée quelques années avant le découpage. Des mélanges interviennent lors de la fabrication pour maintenir une continuité dans la qualité.

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Le tabac et le fisc

En France, la culture du tabac, la fabrication et la vente des produits qui en dérivent sont un monopole d’Etat, source d’importants revenus.

Partout, l’Etat a toujours été tiraillé entre deux tendances: lutter contre l’usage du tabac considéré comme néfaste à la santé (tabacomanie), tirer profit de la passion du tabac qui anime certains citoyens.

Ainsi, au XVIIe siècle, en Espagne, les fumeurs de tabac sont l’objet de sanctions sévères et même de persécutions. En 1757, l’impératrice Marie-Thérèse interdit pour deux ans la culture du tabac. Cette ordonnance fut abrogée suite à la colère populaire !

D’autre part, dès 1567, la petite ville de Wervicq paie une taxe au chapitre de Lille pour ses plantations de tabac. Actuellement, l’Etat belge tirerait des taxes sur les tabacs plus de 30 milliards de francs.(+/- 75.000.000 €)

Cette perception des taxes sur le tabac par l’Administration des Finances s’étale tout au long de la chaîne, de la production à la commercialisation. Elle entraîne des contrôles rigoureux. Ainsi au Domaine de Laviot, les employés des Douanes et Accises apparaissaient sur le terrain en juin pour compter les plants et faire une première évaluation du rendement de la plantation. Ils revenaient fin août pour vérifier l’exactitude de la première évaluation. Enfin, au moment du stockage, ils assistaient au pesage des bottes pour contresigner la déclaration fiscale que le producteur devait remplir à ce moment.

Ce dernier tentait bien d’échapper en partie à l’imposition. Ainsi, quand l’année était favorable, il pouvait profiter des rejets produits par les souches après la récolte.

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Les ennemis du tabac

Malgré tous les soins que les planteurs prodiguent à leur culture, bien des ennemis guettent les tabacs.

Les principaux sont :

les pucerons (Aphis) qui s’attaquent directement à la plante en suçant la sève, ou indirectement en transportant le virus de la mosaïque;

les limaces;

les larves de taupins ou « fils de fer », qui mangent les racines;

les chenilles de terre (Agriotis segetum) ou « oulines » qui rongent la tige;

les larves de hannetons (qui proliféraient autrefois) qui se nourrissent des racines tendres et charnues;

le virus de la mosaïque (Marmor tabaci), qui provoque au gaufrage des feuilles;

le mildiou ou « moisissure bleue », provoqué par un champignon (Peronospora) qui fut particulièrement envahissant dans les années 50;

la rouille, champignon microscopique qui détériore les feuilles.

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Bibliographie

Article publié dans la revue « de la Meuse à l’Ardenne » n°4 en 1987

Ouvrages généraux

  • Anonyme, Notice élémentaire sur la Culture et l’Industrie du Tabac, Anvers, 1953.
  • Anonyme, Le Tabac, Paris, 1960, Hachette.
  • A. CHEVALIER et H.-F. EMMANUEL, Le Tabac, Paris, 1948, P.U.F. [Que sais-je ?, no 89].
  • C. COENE-GEETS, Le Tabac, cultures, maladies, engrais, Stuivenberg-Malines, 1933.
  • J.-A. COLLET, Le Tabac, sa culture et son exploitation dans les régions équatoriales, Paris-Amsterdam, 1903.
  • B.-T. ELLEBOUDT, Nos pittoresques planteurs, dans PARIS-MATCH, no 2533 du 18 octobre 1985.
  • P. SABBAGH, Le guide marabout de la pipe, Paris, 1973.

Ouvrages régionaux

  • M.-J. BOCQUET, Un tabac nommé Semois, dans FEMME D’AUJOURD’HUI, septembre 1983.
  • P. GIELEN, Le Tabac de la Semoy, dans TERRES ARDENNAISES, no O, juin 1982, 4-6.
  • G. HOYOIS, L’Ardenne et l’Ardennais. L’évolution économique et sociale d’une région, Bruxelles, 1981, Ed. Culture et Civilisations, 246-256.
  • F. HUTIN (Frère MACEDONE) , Carlsbourg, autrefois « Saussure ». Ancienne seigneurie et pairie du duché souverain de Bouillon, Liège-Alost, 1894.
  • J.JANSSENS, Roçhehaut-Frahan. Histoire et folklore, s.d., 5.1.
  • W. LASSANCE et C. BERNARD, Le musée du tabac à Vresse, dans PROPRIETE TERRIENNE, février 1986.
  • A. MONIN, Le tabac de la Semois, Bomal, 1976.
  • E. TANDEL, Les communes luxembourgeoises, VI a.

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